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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

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L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
 

Désarmement nucléaire

 

L’actualité de rencontres diplomatiques a remis ces jours-ci en évidence les questions d’armement nucléaire. On parle de non prolifération, de démantèlement ; on s’interroge sur les bases d’une sécurité globale.

Il est à peu près évident pour tous que l’armement nucléaire a stabilisé les affrontements  internationaux pendant 45 ans de guerre froide et préservé une paix basée sur la dissuasion en souvenir des explosions terrifiantes des 6 et 9 août 1945 au Japon.

Mais la fin de la guerre froide conduit beaucoup de gens à remettre en cause des armes qui n’ont plus la même justification dans un monde où les menaces ont largement évolué.

Une nouvelle interrogation s’est  faite jour avec la prolifération qui a fait passer d’un monde où cinq puissances étaient équipées d’un armement nucléaire bien identifié apparu dans les années 1945 à 1970 (Etats-Unis, Union Soviétique, Chine, France et Grande Bretagne), à un monde avec trois acteurs supplémentaires ayant un niveau d’armement mal connu (Israël, Inde, Pakistan). D’autres pays sont soupçonnés de vouloir accéder au statut de puissance nucléaire (Corée du nord, Irak avant la guerre actuelle). Tous ces Etats participent plus ou moins, au sein de la communauté internationale, aux négociations visant à éliminer à terme tout armement nucléaire.


Ainsi, le traité de non prolifération (TNP) est au cœur d’un dispositif affichant l’objectif de dénucléarisation mondiale qui devrait être atteint par la non prolifération pour les Etats non nucléaires, et le démantèlement pour les puissances dotées de l’armement nucléaire. Il est en vigueur depuis mars 1970, et a été ratifié par 187 Etats, dont la France en 1992. C’est évidemment un traité qui ne reconnaît  pas les mêmes droits aux puissances nucléaires qu’aux autres puisque l’armement des premières ne peut en aucun cas justifier l’accès des secondes au même statut. C’est cependant un traité qui a ouvert la voie à un certain désarmement, chacune des puissances nucléaires ayant  révisé son niveau d’équipement, en justifiant une réduction qui paraissait adaptée aux conditions de l’après guerre froide.

C’est ainsi que la France a démantelé sa composante d’armement stratégique sol-sol, a fermé le centre d’expérimentation du Pacifique, a suspendu toute production de matières fissiles pour les armes.


Les Etats-Unis ont eux aussi considérablement réduit leur nombre de lanceurs et d’armes, à partir d’un accord négocié avec l’Union soviétique puis la Russie (négociations START). Ces deux puissances ont maintenant respectivement 2.700 et 4.800 têtes nucléaires en service ce qui représente une forte diminution par rapport aux nombres d’armes des années 70, mais reste considérable comparé aux 300 françaises ou aux 240 chinoises. La Chine est  par ailleurs en phase de croissance.



Un autre traité, plus radical que le TNP vis-à-vis des puissances nucléaires, affiche un objectif d’interdiction complète et définitive des essais (Traité d’interdiction complète des essais nucléaires, TICE). Il a été signé par la France en 1995 après exécution de derniers essais (1995) permettant d’élaborer une modélisation des explosions et donc un maintien en condition des armes existantes sans besoin d’autres essais réels.



La présentation des traités successifs concernant le désarmement nucléaire ne doit pas masquer une évidence : l’élimination des armes nucléaires n’est pas en soi le but final. Celui-ci est le maintien de la paix dans le monde. La première interrogation est donc de savoir si le monde dénucléarisé est plus ou moins sûr que le monde avec armes nucléaires. La réponse faite en regardant un  passé au cours duquel l’affrontement entre blocs n’a pas détruit la paix ne vaut pas nécessairement pour le temps présent de l’après guerre froide et à fortiori pour le futur.


Mais le discours sur le désarmement nucléaire et la paix dans le monde laisse une impression  de déclaration d’intention un peu irréelle. On affiche une volonté d’éradiquer à terme tout armement nucléaire et on se garde de le faire dans l’immédiat. En effet les conditions de base ne sont à l’évidence pas réunies. La première est que le désarmement soit pratiqué simultanément dans tous les pays nucléarisés et qu’on connaisse avec certitude les capacités réelles de tous les pays qui ont pu avoir accès aux techniques nucléaires. La deuxième est qu’un autre système de sécurité crédible ait été admis par tous les Etats concernés.

Le discours évolue, mais balance toujours de façon contradictoire entre déclarations affirmant la nécessité de désarmer le potentiel nucléaire et obligation de maintenir ses capacités disponibles.

Ainsi pour les Etats-Unis, le Président Obama est revenu sur l’analyse des conditions de la sécurité, en affirmant sa volonté de poursuivre la recherche de la paix dans un monde débarrassé d’armes nucléaires (part utopique du discours?), en renforçant la non prolifération (Iran !), en empêchant des terroristes de mettre la main sur des matières fissiles, mais en maintenant en service des armes nucléaires aussi longtemps que le besoin s’en fait sentir, et en investissant lourdement pour les maintenir à bon niveau de capacité (discours récent de J Biden qui sous entend un manque d’entretien pendant les années républicaines). Il a aussi annoncé que les Etats-Unis renonçaient à développer un système antimissile sur le territoire européen, mesure pourtant importante aux yeux de l’administration précédente et dont l’abandon va dans le sens sinon du désarmement réel au moins d’un abandon de système nouveau


De son côté, l’Eglise catholique s’est exprimée dans le sens du désarmement souhaitable.

L’observateur permanent du Saint Siège aux Nations unies, Monseigneur Renato Martino, a déclaré en 1993 que la dissuasion nucléaire était un obstacle au désarmement nucléaire authentique. La dissuasion nucléaire "assure une hégémonie inacceptable sur les nations sans armes nucléaires. Elle alimente une intensification de la course aux armements dans le monde. Elle engendre un militarisme qui étrangle le développement de la moitié la plus pauvre de la population du monde". Monseigneur Renato Martino développe une critique radicale de la dissuasion puisqu’il dit que l'"idée que la stratégie de dissuasion est essentielle à la sécurité d'une nation est la présomption la plus dangereuse qui se soit transmise de la période de la guerre froide à cette nouvelle période". Cette affirmation masque un peu l’absence de solution au problème de la sécurité dans un monde où aucune gouvernance étendue n’est reconnue. Mais la déclaration marque certainement un tournant dans l'attitude de l'Église catholique face au nucléaire puisque, auparavant, tout en condamnant l'éventuel usage d'armes nucléaires qui par leur puissance provoquent des destructions hors de proportion avec l'enjeu à défendre et atteignent des non-combattants, elle tolérait provisoirement la dissuasion face à la menace soviétique. Dans cette optique, la dissuasion nucléaire n'était qu'un pis-aller dont il fallait s'efforcer de se libérer au plus vite, le temps de trouver les méthodes permettant de "régler nos différends d’une manière plus digne de l’homme".

Ces méthodes restent à trouver. Idéalement elles doivent viser l’instauration d’une gouvernance mondiale capable de convaincre tous les partenaires que la paix est toujours meilleure pour tous lorsqu’elle respecte les droits des peuples. Mais attendre sa venue dans le court terme parait singulièrement utopique. La dissuasion nucléaire continue de protéger le monde de l’usage d’armes nucléaires. C’est déjà une raison suffisante pour ne pas la supprimer trop vite. La notion même de dissuasion garante du maintien de  la paix est une avancée précieuse qu’il faut travailler à restaurer à défaut de pouvoir compter sur la paix des sages.

L’équilibre de la dissuasion nucléaire a servi au maintien de la paix pendant un demi siècle. Il serait probablement imprudent d’abandonner complètement ces armes de « non emploi » sans disposer d’un système de sécurité crédible. Les armes nucléaires ont vocation à être un jour éliminées, elles pourront certainement être encore réduites à court terme, mais leur élimination complète n’est pas à l’ordre du jour.

Il est clair que la dissuasion nucléaire est inadaptée aux menaces terroristes non reliées à un Etat identifiable. Elle est peut-être capable de répondre à certaines situations mettant en cause un « état voyou » nucléarisé, dans la mesure où l’exercice de la raison n’est pas complètement exclu chez ses leaders. Elle a fonctionné du fort au fort et du faible au fort. Mais il faut sûrement  trouver d’autres formules pour la dissuasion du fort au fou.


Il faut aussi prendre garde à ne pas relancer la course aux armements classiques comme substitut à un système nucléaire qui n’est plus adapté dans des situations conflictuelles non nucléaires et serait trop vite rejeté.




Régis du Vignaux



 


 
Dernière modification : 15/04/2010