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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
 > Dossier : L'immigration en question > Défendre l'immigré est impopulaire
 

Défendre l'immigré est impopulaire

C’est par ces mots que Mgr Aumonier, évêque de Versailles commence l’éditorial du mensuel diocésain « Sources » du mois de février.


Les questions concernant l’immigration sont complexes et délicates et deviennent très vite polémiques.  La situation des immigrés est souvent  escamotée, objet de suspicion et de préjugés : il suffit d’évoquer la CMU ou les problèmes d’emploi pour qu’aussitôt  les étrangers soient visés comme étant les auteurs principaux d’utilisation abusive ou de détournements.


Oui, il y a des personnes qui profitent de la situation que la France offre à ses ressortissants et, dans certaines conditions,  à tous ceux qui  vivent en France. Mais sous prétexte qu’il est des personnes qui abusent, voire des profiteurs,  va-t-on pour autant condamner tous les étrangers, et par suite l’immigration ?  Parfois les bénévoles  qui  s’occupent de l’étranger  sont eux-mêmes suspectés d’une certaine complicité. Or les bénévoles aussi  savent  rappeler la règle et le droit lorsque c’est nécessaire.


La fraude aux Assedic  ou à des institutions d’aide sociale par de bons nationaux existe.  Qui d’entre nous soutiendra qu’elle est louable ? Va-t-on pour autant s’en prendre aux associations qui s’occupent de demandeurs d’emploi et d’assistance aux démunis ?


Etre étranger


La France est un pays où il fait bon vivre. Cela se sait et donc attire :  l’offre de travail, y compris le travail clandestin, la misère ou l’insécurité politique dans les pays d’origine, l’envie et le droit de vivre en famille, ou tout simplement l’espérance ou l’illusion de vivre dans de meilleures conditions.


Comment viennent-ils ?  Tous les moyens sont bons lorsqu’il est question de survie et/ou d’espoir d’un eldorado.  Les  passeurs ou filières mafieuses alors peuvent se présenter pour profiter lamentablement de la misère, parfois de celle de concitoyens. Et il faut  combattre ces filières plus que leurs victimes.


Les Semaines Sociales de France vont étudier cette année la question des migrations.  Initiative courageuse lorsque l’on sait que l’opinion publique globalement n’est pas favorable à la cause des étrangers.  Le  sourire ou, pire, le silence à l’évocation de telle ou telle situation  manifestent  leur désapprobation plus  que toute explication.


C’est n’avoir jamais  rencontré la souffrance des personnes ou  de ces familles qui cherchent à s’intégrer chez nous. C’est n’avoir jamais entendu combien l’arrachement au pays, à la culture, à la famille, a pu être dans certains cas pénible, combien les conditions d’arrivée dans notre pays ont pu être difficiles. Sans faire de misérabilisme,  je renvoie aux images que nous avons tous vues, aux récits que nous avons tous entendus ou lus.


Les exemples sont multiples. Ainsi chacun a-t-il connaissance du problème des étrangers qui, dans la région de Calais, cherchent à rejoindre la Grande Bretagne : est-il normal de voir un diacre convoqué par la Police de l’Air et des Frontières au motif qu’il a tenté d’améliorer l’environnement matériel des réfugiés afghans en essayant d’évacuer l’eau et la boue où ils vivaient, en étant  accusé du « délit de solidarité ». Cela s’est passé à la fin de l’année dans le Nord de notre France au point de provoquer la réaction des  évêques de la région.


Autre exemple,  vécu en région parisienne  :  est-il normal de donner à un étranger qui présente une demande de titre de séjour, un document qui  le régularise mais où l’on supprime la mention « est autorisé à travailler » par la mention  « n’est pas autorisé à travailler » alors que vous vous êtes « battu » avec lui pour qu’il soit à même de  présenter  en même temps une vraie  promesse d’embauche ?  On est contraint alors de  laisser jouer toutes les « assistances sociales »  possibles en faveur de ce père de deux très jeunes enfants …


Etre étranger détenu


Si les personnes réfugiées ou les sans papiers qui travaillent irrégulièrement, parfois  honteusement exploités d’ailleurs par ceux qui les emploient, font l’objet de suspicions et de préjugés, que dire  lorsqu’il s’agit d’étrangers qui ont commis un délit ou un crime et qui sont incarcérés ! 


Et pourtant  il faut toujours penser un jour aux conditions d’une réinsertion réussie, où le pardon doit aussi trouver sa place.


Il faut entendre  et  voir comment réagissent alors certains personnels en préfecture, par exemple,  lorsqu’est présenté un dossier de demande de renouvellement de titre de séjour !  Un peu comme si un étranger qui a accompli, « purgé », sa peine,  ne pouvait plus avoir droit au séjour…


Et là encore comment se comporte l’environnement à l’égard de ceux qui interviennent en détention pour simplement permettre l’accès de tout un chacun au droit ?  Souvent  le  silence poli, l’incompréhension quand ce n’est pas à nouveau la franche désapprobation.


Et pourtant les situations qui se présentent exigent une action :


·
. Est-il normal que l’on expulse le père d’un enfant français de 5 ans dont la mère française a disparu et dont le seul référent sur le territoire est le père, incarcéré, à qui le juge aux affaires familiales a renouvelé l’autorité parentale même pendant le temps de l’incarcération, l’expulsion étant justifiée entre autres motifs bien sûr, parce que l’enfant  se trouve bien à l’ASE (aide sociale à l’enfance) ?

·
. Est-il normal de ne pas favoriser la sortie du  territoire français (là il ne s’agit  plus d’immigration) d’une femme incarcérée, enceinte, qui a déjà une obligation de quitter le territoire, qui souhaite rentrer dans son pays pour accoucher dans sa famille et qu’on enverra à Fleury pour accoucher avant de la renvoyer ? Coût économique, coût humain !

·
. Est-il normal que l’on ne puisse presque rien, sinon accompagner sa souffrance et faire quelques tentatives d’ordre administratif, pour cet homme qui regrette sincèrement  son acte (le nombre et la nature de nos rencontres me permet de le dire) et  qui vit dans l’angoisse d’être expulsé dans son pays d’origine où il est menacé d’exécution ?

Etc…


Je terminerai en évoquant à nouveau le texte de Mgr Aumonier :



« Il y a des devoirs humains non « négociables » envers le prochain et au manquement desquels il nous faudra toujours réagir : pourquoi les étudiants étrangers (avec papiers) ne trouvent-ils pas de logement ? Est-il acceptable d’oser demander à des Roms ou à des gens du voyage de partir ou de brûler leurs caravanes ? Doit-on accepter qu’il existe des hôtels recevant des émigrés où ne fonctionnent ni l’eau ni le chauffage ?  Doit-on laisser attendre dehors, pendant des heures, bien avant la levée du jour, des demandeurs d’asile espérant obtenir un rendez-vous ? Et quand on vient
arrêter quelqu’un pour le reconduire à la frontière, doit-on prendre moins de gants qu’on ne le fait avec un escroc de haut vol ? Poser ces questions et chercher à les résoudre n’est ni de droite ni de gauche. C’est simplement humain et chrétien. »



Matthieu 25 « j’étais étranger, j’étais en prison » serait-il  toujours d’actualité ?


Gilbert Ioos



: 03/11/2011
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Dernière modification : 03/11/2011