Ajoutez ce site à vos favoris Page d'accueil Plan du site Contactez-nous Identifiez-vous Retrouvez notre fil info RSS
 
Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 

Libre échange ou protectionnisme : le point de vue de l'historien

La crise que connaît la zone Euro, les plans d’austérité, la menace de récession et la montée du chômage expliquent sans doute le regain actuel d’attrait des français pour le protectionnisme ; en effet, selon un récent sondage, 54% y sont favorables , et le débat entre libre échange et protectionnisme sera certainement un des thèmes majeurs de la  campagne électorale pour la prochaine élection présidentielle


  C’est un sujet sur lequel  les opinions sont souvent très tranchées et il est apparu intéressant, à titre de contribution à ce débat, de rappeler succinctement, l’approche d’un grand historien de l’économie, Paul Bairoch.


  Dans son ouvrage «  Mythes et paradoxes de l’histoire économique », en se référant à la période qui va du début de la révolution industrielle à la première guerre mondiale, Paul Bairoch apporte un certain nombre d’éclairages


1 – Alors que l’opinion la plus répandue considère que le libre échange est la règle, le protectionnisme l’exception, la vérité, selon Paul Bairoch, est que le libre échange est l’exception et le protectionnisme la règle ; ainsi, par exemple, si à la fin du XVIII ième siècle la « Richesse des Nations » d’Adam Smith, dont le livre IV représente  une défense du libre échange, devint l’ouvrage de référence, dans la pratique cette suprématie de la pensée économique libérale en Europe ne signifie pas la disparition du protectionnisme de type mercantiliste ni n’empêche la naissance d’une nouvelle variété de protectionnisme liée à la montée des nationalismes. Par ailleurs, si le Royaume Uni s’est orienté vers le libéralisme, ce n’est qu’après 1840 à un moment où son industrie avait augmenté considérablement son avance, et il était le seul pays à le faire. Enfin, si à partir de 1860, le libre échange s’est étendu en Europe, notamment avec le traité de commerce franco anglais, cela n’a été qu’un bref intermède, et la période qui  a précédé la première guerre mondiale a été caractérisée par un protectionnisme croissant.


2 - Contrairement à une idée commune, les Etats-Unis ont été la patrie et le bastion du protectionnisme moderne, et cela dès l’indépendance : Alexander Hamilton, ministre des finances du premier gouvernement américain, est considéré comme le premier théoricien du protectionnisme moderne ; dans un premier temps, ce protectionnisme était justifié par l’argument de la protection des « industries dans l’enfance » . Quand cet argument est devenu obsolète après le rattrapage et même le dépassement de l’industrie européenne, il a été remplacé par la notion de protection des salaires américains.


3 – Si les pays qui allaient former le Tiers  Monde étaient plongés dans un « océan de libéralisme », c’est parce que ce libéralisme leur était imposé, soit par la métropole quand il s’agissait de colonies, soit pour les pays indépendants par des traités prévoyant la suppression plus ou moins totale des droits à l’importation, traités qui ont été qualifiés de « traités inégaux »


4 – Si l’ouverture des frontières au Royaume Uni a correspondu à une période de forte croissance économique, il y a d’autres explications à celle-ci ; par ailleurs, l’apogée du libre échange en Europe s’est traduite par une forte dépression, alors que la période de protectionnisme qui a suivi a connu une forte reprise ; enfin cette période de fermeture des frontières a coïncidé avec une accélération de l’expansion commerciale et c’est dans les pays les plus protectionnistes qu’elle a été la plus rapide ; d’où sa conclusion que le protectionnisme n’est donc pas obligatoirement un obstacle au développement du commerce extérieur.


Dans son ouvrage, Paul Bairoch fait référence aux thèses d’économistes qu’il qualifie de modernes par rapport aux théories mercantilistes d’une part ou développées par Adam Smith dans la « Richesse des  Nations » d’autre part. D’un coté , Friedrich List, pour qui le protectionnisme n’est pas un objectif en soi mais une politique provisoire devant permettre la construction d’une économie puissante par le biais de l’industrialisation à l’abris de la concurrence des industries étrangères plus avancées, sachant que pour List dès que les industries sont suffisamment développées pour supporter la concurrence internationale, le libre échange doit être la règle.


                      En face, Alfred Marshall qui pour répondre à la montée des «  tarifs hostiles » recommande en1903, «  pour accroitre la vigilance de la population industrielle de l’Angleterre, de maintenir ses marchés ouverts aux nouveaux produits des autres nations, plus spécialement ceux qui sont nés du génie inventif américain ou de la pensée systématique et de la formation scientifique allemande » ; en d’autres termes, au lieu de constituer des rentes pour les producteurs domestiques peu efficaces, mieux vaux encourager une différenciation par le haut par la qualité, la créativité et l’innovation


                          Si on y regarde bien, ces théories qui s’appliquent à des situations économiques différentes , sont peut être plus complémentaires qu’opposées.


Hugues de Longeaux

RETOUR

 
Dernière modification : 13/02/2012