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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
 > Dossier : Les chrétiens et la société > Bénévole en soins palliatifs
 

Bénévole en soins palliatifs

Le désir de devenir bénévole en soins palliatifs est né de mes trente-cinq années de vie professionnelle dans un groupe du CAC 40, et tout particulièrement des responsabilités de DRH que j’y ai exercées. En dépit de trop d’images attristantes de la gestion des ressources humaines dans les entreprises, ce métier m’a définitivement convaincu de l’importance primordiale de l’écoute et du regard bienveillant, y compris, si ce n’est d’abord, à l’égard des personnes faibles ou démunies.

A cette raison personnelle, s’en ajoutait une autre, essentielle. La question de l’homme me semble être en effet l’une des plus cruciales qui soient dans notre société où les courants dominants poussent à n’apprécier les personnes qu’à l’aune de leur utilité et de leurs performances. Cela est patent dans le monde du travail. Et cette même vision risque d’avoir des conséquences dramatiques sur les débuts et la fin de la vie.

Faut-il nous rappeler, comme l’écrit superbement Pascal dans les Pensées, que « l’homme passe infiniment l’homme » ? Mon bénévolat à la Maison médicale Jeanne Garnier m’en fait prendre chaque semaine une conscience plus aiguë : la dignité de la personne humaine ne vient ni de ses succès, ni de sa force, ni de sa santé, elle ne s’exprime pas dans la puissance, elle se dit dans la fragilité, et jamais ne se mesure à l’apparence. Comme « la beauté de la fille du roi », dans le psaume 45, « elle est à l’intérieur », et demeure souvent cachée à nos yeux trop habitués, ne se dévoile qu’au regard de notre cœur. « Tout homme est une histoire sacrée » -et dans l’extrême de leur dénuement, les patients en fin de vie demandent notre présence, notre tendresse, notre respect jusqu’au bout. Auprès d’eux, j’ai mieux compris ce que peut être, précisément, l’exigence d’une mort dans la dignité. Comment accepter alors de laisser confisquer le sens de ce mot pour en faire un argument en faveur de l’euthanasie ? Qu’est-ce que mourir dans la dignité ? Et qui peut prétendre que cela aille avec la décision pour chacun d’en fixer le moment ? « Veillez donc, nous dit Jésus dans l’Evangile de saint Matthieu, car vous ne savez ni le jour ni l’heure ». Visiter les patients et se tenir fraternellement auprès d’eux dans cette veille est au cœur de notre bénévolat. Ce peut être une écoute, quelques paroles, un service, ou presque moins encore, un sourire, une caresse, une présence silencieuse.

Ma foi est engagée dans cette aventure. Il me semble toutefois capital que nous ne la vivions pas seulement entre chrétiens, mais avec d’autres qui partagent un même souci de l’homme. C’est ensemble que nous sommes bénévoles, cet autre mot que j’aime, où nous voyons se dessiner en filigrane la bienveillance, le désir de vouloir le bien de l’autre, fût-il blessé, malade, en fin de vie ; ensemble que nous voulons être disponibles pour contribuer à « faire ce qui reste à faire, quand on croit qu’il n’y a plus rien à faire », comme l’exprime une belle approche des soins palliatifs.

« L’objectif des soins palliatifs, écrivait pour sa part en 1996 la SFAP (la Société Française d’Accompagnement et de soins Palliatifs), est de soulager les douleurs physiques ainsi que les autres symptômes et de prendre en compte la souffrance psychologique, sociale et spirituelle » des patients atteints « d’une maladie grave évolutive ou terminale ». Cette définition justifie et situe notre accompagnement : en complément de l’action des médecins et des soignants, il contribue à la prise en compte de la personne du malade dans toutes ses dimensions.

Les unités de soins palliatifs sont des lieux où peut être véritablement vécue -et développée- une éthique de la vulnérabilité : il est faible et je lui dois tout. Et je n’oublie pas ici les familles des patients. Que de fois cependant nous nous sentons malhabiles et éprouvons un sentiment d’inutilité ! Parce qu’elles sont une école d’humilité, nos maladresses et nos hésitations nous apprennent à nous désencombrer un peu de nous-mêmes. Sans cet espace intérieur, quelle hospitalité pourrions-nous offrir à l’autre ? C’est dans ce manque, en revanche, que la gratuité, la grâce nous surprennent. Si souvent, nous pensons donner et c’est nous qui recevons. Nos mains étaient vides, et les voici comblées.

Je voudrais dire aussi combien comptent nos temps de formation, notre participation aux réunions de transmission avec les soignants, nos échanges confiants entre bénévoles d’un même jour, comme au sein des groupes de parole.

Bien des valeurs de notre monde se trouvent inversées à Jeanne Garnier, tant cette maison qui accueille l’extrême violence que constitue souvent la mort respire le calme et la sérénité. Les patients en fin de vie y sont l’objet, de la part des médecins et des équipes soignantes, d’une constante et délicate bien-traitance, à laquelle nous avons la joie d’être associés. Et leurs mots comme ceux de leurs proches, pour le dire, sont pour tous une leçon de vie. La vie jusqu’au bout.

Xavier Grenet       

Témoignage publié avec l'aimable autorisation de "Médecine de l'Homme", la revue du Centre Catholique des Médecins Français. 


                                        


 
Dernière modification : 23/10/2012