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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
 

Une lecture de l’Encyclique « Laudato Si’ »

L’Encyclique « Laudato Si » « Sur la sauvegarde de la maison commune », bien que longue, est d’une lecture aisée…

« Elle est une extension de la charité à l‘ensemble du créé. » (Mgr. Brunin) 

 

Sur le plan théologique, elle marque un changement d’attitude à l’égard du monde :

- En effet, Teilhard écrivait que : « le monde est fait pour l’homme et l’homme est fait pour Dieu »

L’encyclique dit au contraire que « La fin ultime des autres créatures, ce n’est pas nous. Elles avancent toutes, avec nous et par nous, jusqu’au terme commun qui est Dieu ». (70)

Aussi le chrétien doit il « contempler le Créateur qui vit parmi nous et dans ce qui nous entoure, dont la présence ne doit pas être fabriquée, mais découverte, dévoilée ».(225)

 

Dans le domaine de la vie spirituelle,  l’encyclique paraîtra aussi à certains   novatrice : le pape, citant  le patriarche Bartolomée, écrit en effet que « L’ascèse est au service de la fraternité » (80)

 

-Dans le domaine de l’économie générale, le texte est sans concession :

-   « Le marché ne garantit pas en soi le développement humain intégral ni l’inclusion sociale » (109)

- « Une culture du déchet  affecte aussi bien les personnes exclues que les choses, vite transformées en ordures » La planète subit une pollution irresponsable.

« Le système industriel n’a pas développé, en fin de cycle de production et de consommation, la capacité d’absorber et de réutiliser déchets et ordures » (22)

 

- « En attendant, nous avons un surdéveloppement, où consommation et gaspillage vont de pair, ce qui contraste de façon inacceptable avec des situations permanentes de misère déshumanisante » (95)

« Les évêques de Nouvelle Zélande se sont demandé ce que le commandement « tu ne tueras pas » signifie « quand vingt pour cent de la population mondiale consomment les ressources de telle manière qu’ils volent aux nations pauvres et aux futures générations ce dont elles ont besoin pour survivre ».

(193) : « C’est pourquoi l’heure est venue d’accepter une certaine décroissance dans quelques parties du monde, mettant à disposition des ressources pour une saine croissance en d’autres parties ».

La décroissance ne porte ici que sur l’utilisation des ressources naturelles limitées et

le texte l’applique aussitôt aux économies d‘énergie.

 

La proposition plus générale de vie plus frugale figure aussi, mais au titre de « l’éducation et de la spiritualité écologiques »

Des exemples de comportements individuels très concrets contre le gaspillage sont proposés :

« prendre l’habitude de se couvrir un peu au-lieu d’allumer le chauffage , cuisiner seulement ce qu’on pourra raisonnablement manger, utiliser les transports en commun, éteindre les lumières inutiles » etc..

(Que dirait le pape si il connaissait le développement des produits fabriqués « à obsolescence programmée », pour une plus grande consommation ?)

 

- Plus collectivement, le pape espère que des consommateurs plus responsables infléchiront le marché vers la production de biens moins futiles et plus durables

« Acheter est non seulement un acte économique mais toujours aussi un acte moral » (206)

 

- En finance, le texte est encore plus sévère :

« Sauver les banques à tout prix, en en faisant payer le prix à la population, sans la ferme décision de revoir et de réformer le système dans son ensemble, réaffirme une emprise absolue des finances qui n’a pas d’avenir et qui pourra seulement générer de nouvelles crises après une longue , coûteuse et apparente guérison » (189)  

 

- Dans le domaine de l’entreprise, l’apport le plus important et le plus concret me parait être la demande de prise en compte, dans les projets et les décisions d’investissement, de l’impact sur le patrimoine commun. Les calculs de rentabilité des projets n’en tiennent pas compte et, à ce titre, 

« le principe de maximalisation des gains, qui tend à s’isoler de toute autre considération,  est une distorsion conceptuelle de l’économie »(195)

« Il ne prend pas en compte la valeur réelle des choses, les significations pour les personnes et les cultures, les intérêts et les nécessités des pauvres" (190)

Cette simple remarque soulève une foule de questions : tout moyen de produire moins cher pour les pauvres est il moral ? Vendre du rêve aux riches est il moral ?

Fermer une unité de production, « communauté d’hommes au travail », pour produire moins cher est il moral ? …

« L’environnement fait partie de ces biens que les mécanismes du marché ne sont pas en mesure de défendre ou de promouvoir » (190)

Certes, et la loi qui s’est ajoutée  au marché pour sauvegarder la santé,  la sécurité, doit aussi le faire pour l’environnement.

 

« Un développement technologique et économique qui ne laisse pas un monde meilleur et une qualité de vie intégralement supérieure ne peut être considéré comme un progrès ». 

Thomas Piketty allait dans le même sens en affirmant qu’il n’y a pas progrès si il y a  dégradation du patrimoine mondial »

Mais quel patrimoine mondial le bien commun justifie t il de sauvegarder ?

On comprend que le pape s’élève contre la pollution de la planète, que l’on peut éviter, contre l’exploitation des ressources renouvelables au-delà de leur capacité de renouvellement naturelle : forêts, poissons des mers, espèces-( non nuisibles !)-  en voie d’extinction.

 Mais le cas des minerais et énergies fossiles non renouvelables me parait différent : ils ne constituent un patrimoine que pour l’homme et ne pas les exploiter (gaz de schistes) revient à les rayer du patrimoine ! On ne cesse de découvrir de nouveaux gisements. Mais lorsque ces ressources  s’avèrent réellement  rares, doit on les réserver à l’armement ou, par augmentation de leurs prix, aux plaisirs des riches plutôt qu’aux besoins des pauvres ?…

 

Le respect de la biodiversité implique t il de ne pas exploiter  les forêts sauvages,

de ne pas  transformer en cultures vivrières les zones humides ? (39) Là, le pape peut surprendre. On doit noter toutefois qu’il affirme aussi le principe que « les pays pauvres doivent avoir comme  priorité  l’éradication de la misère et le développement social de leurs habitants »  (172)

 

Un autre texte peut aussi surprendre l’entrepreneur chrétien : « le remplacement des postes de travail par des machines se retourne contre l’être humain » (128)

La fin du paragraphe emportera plus facilement l’adhésion : « Cesser d’investir dans les personnes pour obtenir plus de profit immédiat est une très mauvaise affaire pour la société ».

« Faire participer les locaux aux projets » (183) est imposé dans de nombreux pays,

mais ils s’opposent souvent aux projets d’intérêt général pour des raisons locales! 

 

 

Le paragraphe 194 est sévère : « La responsabilité sociale et environnementale des entreprises se réduit d’ordinaire à une série d’actions de marketing et d’image ».   il y a pourtant  des réalisations concrètes et  rares sont tout de même les entreprises où le service du développement durable ou de la RSE dépend de la direction de la communication ! La RSE répond en particulier à la demande du pape  de rendre sous forme viable un terrain qu’on a exploité et elle pourrait comprendre un bilan de l’impact social de l’activité de l’entreprise dans la région.

 

Le pape dénonce par ailleurs justement les méfaits de la concentration, et en particulier les obstacles à l’entrée de nouveaux entrepreneurs dans certains métiers et plus particulièrement dans les circuits de distribution : « Une liberté économique seulement déclamée, tandis que les conditions réelles empêchent beaucoup de pouvoir y accéder concrètement…devient un discours contradictoire qui déshonore la politique »(129)

 

Le Pape François incite à la lutte contre le réchauffement climatique :

(23) «  l’humanité est appelée à prendre conscience de la nécessité de réaliser des changements de style de vie, de production et de consommation pour combattre ce réchauffement , ou, tout au moins, les causes humaines qui le provoquent ou l’accentuent. Il y a certes, d’autres facteurs (comme le volcanisme, les variations de l’orbite et de l’axe de la terre, le cycle solaire), mais de nombreuses études scientifiques signalent que la plus grande partie du réchauffement global des dernières décennies est due à la grande concentration des gaz à effet de serre émis surtout à cause de l’activité humaine. »

Je crains, pour ma part, que cette « plus grande partie «  n’ait pas été chiffrée, que la variation des « autres facteurs » ne mette en cause les prédictions de réchauffement dans l’avenir. Mais je reconnais que « le principe de précaution » doit conduire à réduire les émissions de gaz à effet de serre, dans la mesure où cela ne prévaudra pas sur des questions mondiales plus manifestes et prioritaires, comme la lutte contre la faim, la misère, la gestion des migrations…Sur ces sujets, le pape appelle à l’urgence d’une gouvernance mondiale (175)

Au paragraphe 168, le pape montre qu’il est victime de la mystification des mesures

prétendant  préserver la couche d’ozone.

Il me semble que le pape court des risques inutiles en prenant parti dans des thèses scientifiques controversées. La démarche adoptée en matière économique, consistant à dénoncer les problèmes moraux impliqués, n’est elle pas moins attaquable  et  moins risquée ?

 

Les biais des décideurs :

 L’encyclique affirme que la plupart des  décideurs, tant économiques que politiques, obéissent à la seule logique du « paradigme techno-économique  dominant », qui  est, de plus, court-termiste. (112, 178)

D’autre part, les problèmes des pauvres sont ignorés : « cela est du, en partie, au fait que beaucoup de professionnels, de leaders d’opinion, de moyens de communication et de centres de pouvoir sont situés loin d’eux , dans des zones urbaines isolées, sans contact direct avec les problèmes des exclus » (49)

 

Voilà ce que l’on ne trouve du moins pas à l’OCHRES, dont tant de membres jugent avec leur cœur et sont engagés au service des exclus

 

JP Lannegrace

 

 

 

 

 
Dernière modification : 18/11/2015