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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
 

Formation professionnelle : les errements de l’exception française

INTERVENTION DE YVES MALIER - Réunion des capteurs du 9 avril 2016

 

Yves Malier issu lui-même de l’apprentissage est ancien directeur technique de la société Oxybéton, créateur de l’Ecole française du béton, ancien directeur de l’Ecole normale supérieure de Cachan et du Centre national de l’enseignement technique. Expert auprès de la Banque mondiale, il a lancé un programme d’Ecoles normales technologiques et professionnelles. Il est membre de l’Académie des technologies.

L’Education nationale est à ses yeux responsable de la faillite de la formation professionnelle initiale en France. D’où en particulier le chômage des jeunes qui met en péril la santé économique du pays et l’équilibre social des quartiers et territoires. Le taux de chômage des jeunes (18/25 ans) est de 25% des actifs et de 8% du total de la classe d’âge, contre 10% des actifs et 7% du total pour l’ensemble de la population. Et le taux de chômage est le plus élevé pour les jeunes qui sont passés par la voie professionnelle ou qui ont décroché. Plusieurs raisons à cela : la non possession des acquis fondamentaux ; la marginalisation des sciences et des technologies à l’école, les enseignants étant majoritairement littéraires surtout depuis la création des IUFM, et les enseignements dans ces matières insuffisants ; le moule unique, qui met à l’écart notamment les handicapés ; enfin le péché des entreprises qui ont négligé la formation faute de temps et de goût.  

Sur une classe d’âge de 820 000 jeunes de 17 ans, 40%  (328 000) sont en baccalauréat général, 16% en bac technologique, 4% sont des « décrocheurs » et 40 % suivent la voie professionnelle dont 32 % scolaire (bac professionnel, CAP, divers) et 8% seulement en apprentissage (65 600) avec une augmentation pour les niveaux élevés et une diminution pour les bas niveaux.

Il  y a un grand décalage entre l’Education nationale et la réalité économique : dans les cabinets ministériels des ministres de l’Education nationale,  on trouve des enseignants à 90%, mais sans aucune expérience dans l’enseignement professionnel et l’apprentissage, alors que dans les PME de moins de 300 salariés, 60% des patrons avaient un BEP.

Les 25 000 conseillers d’orientation ne parlent que des études générales, la voie professionnelle est dévalorisée, les parents n’en veulent pas. Un signe : sur les fiches d’orientation en fin de 3ème figure en toute dernière ligne le choix « redoublement  ou apprentissage ».

Les lycées professionnels sont spécialisés. Des internats permettaient aux jeunes de se déplacer pour suivre la spécialité de leurs choix, ils apprenaient alors la mobilité dès ce stade. Mais ils ont été rattachés aux lycées d’enseignement général qui les ont phagocytés.  Les jeunes ne bougent plus pour une spécialité de leur choix,  ils s’engouffrent dans le lycée de la région. Et on retrouve parmi les chômeurs voire les « dangereux » beaucoup de jeunes passés par une filière professionnelle non choisie.

A tous les échelons, les inspecteurs de l’enseignement professionnel n’ont  aucune expérience de l’entreprise.

Dans les autres pays, les professeurs de technologies viennent pour beaucoup de l’entreprise. En France, ils sont formés par l’Education nationale. Les spécialités ont été réduites. Il n’en subsiste qu’une, les sciences industrielles de l’ingénieur, pour l’agrégation ou le capet.

Les formations les plus lourdes ont été supprimées, le BEP n’est plus qu’un diplôme intermédiaire non obligatoire dans le cursus du bac professionnel. Il est indispensable de recréer des liens entre l’Education nationale et les entreprises.

Pour C. Seibel, on est en train d’intellectualiser le travail manuel. C’est une erreur d’avoir mastèrisé toutes les professions.

Comment en sortir ? Par les entreprises car ce sont elles qui détiennent l’emploi. L’Education nationale empêche toute initiative et expérimentation. Résultat, les enseignants sans relève et découragés partent à l’étranger. Il faudrait créer un ministère de la formation professionnelle, conclut Y. Malier.

 
Dernière modification : 18/06/2017