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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
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Immigration : Le regard d’un élu de terrain

 

Colombes : commune pauvre dans un département riche –les Hauts-de-Seine-,  86000 habitants, 33% de logements sociaux, mais aussi plus grande zone pavillonnaire de France avec 10000 maisons individuelles, forte population immigrée, essentiellement africaine et maghrébine, concentrée dans les quartiers nord, municipalité allant de la droite au Modem depuis 2014 après 36 ans de communisme et 6 de socialisme, tradition catholique issue de la Mission de France, présence importante des associations de solidarité et d’entraide.

 

Le but de cet article n’est sûrement pas d’entrer dans le débat sémantique sur les différentes définitions de l’immigration, qui n’ont d’ailleurs que peu d’intérêt face aux problèmes posés, ni de rappeler les évidentes exigences chrétiennes d’accueil de l’étranger, qui ne constituent pas pour autant les éléments d’une politique de l’immigration dans le contexte actuel.

Il s’agit simplement ici de décrire un paysage pour mieux comprendre, au-delà des exercices théoriques, la nature de quelques questions rencontrées au jour le jour, au risque assumé de privilégier la sécheresse du « Vrai » à la conscience du « Bien ».

 

Le décrochage scolaire : nous réunissons une fois par trimestre un Conseil des droits et devoirs de la famille (CDDF) qui reçoit, avec leurs parents, les enfants qui sont en cours de déscolarisation, afin d’éviter leur basculement dans la délinquance. Ce dispositif préventif concerne à 50% des familles immigrées dont les enfants sont souvent tentés par le trafic de drogue. Rappelons qu’un adolescent qui fait le « chouf » (alerte les dealers sur l’arrivée de la police) peut gagner jusqu’à 100 euros par jour. La raison ordinaire ne tient pas aux causes économiques (chômage des parents) ou sociales (grande pauvreté) ni même à l’absence de structures de loisirs (médiathèques, MJC, clubs sportifs sont nombreux) mais au laxisme dans l’éducation, les enfants étant trop souvent livrés à la rue et aux mauvaises fréquentations.

 

La délinquance : les fiches de sécurité établies chaque semaine décrivent les atteintes à la sécurité des biens et des personnes, les agressions physiques, les violences conjugales et l’ensemble des crimes et délits, allant de la simple rixe de rue à l’usage d’armes à feu. 90% de ces actes sont imputables à des personnes immigrées. Pour le trafic de stupéfiants, ce chiffre atteint les 100%, avec une composante exclusivement africaine et maghrébine.

 

Les immigrés en situation irrégulière : j’ai été désigné, au nom de l’association départementale des maires, pour présider la commission départementale des titres de séjour (CDTS). Celle-ci donne un avis au préfet sur les demandes de régularisation des personnes en situation irrégulière (présentes en France depuis au moins 10 ans). Depuis trois ans, la CDTS, qui reçoit individuellement chaque demandeur, a dû rejeter environ 75% de ces demandes pour insuffisance d’intégration, notamment pour incapacité à s’exprimer en français. Le préfet a, jusqu’à présent, toujours suivi les avis de la commission.

Les nouveaux naturalisés : périodiquement, sont conviés à la mairie pour une réception, précédée d’un discours d’accueil, les nouveaux naturalisés, c’est-à-dire d’une part les adultes qui ont sollicité la nationalité française, d’autre part les jeunes majeurs qui l’obtiennent automatiquement par droit du sol. Les premiers y viennent avec assiduité et un visible plaisir, les seconds, pourtant invités avec leurs parents, en sont totalement absents.

 

Il serait certes facile de multiplier les exemples convergents, mais, naturellement et fort heureusement, ces comportements sont souvent le fait d’une minorité et ne doivent surtout pas conduire à stigmatiser l’ensemble des immigrés. Ils démontrent néanmoins, parce qu’ils nuisent fortement à l’image des personnes immigrées, et sauf à vouloir ignorer la réalité du terrain,  l’échec de nos politiques d’intégration, en particulier dans le domaine familial, éducatif et culturel, parent pauvre des diverses « politiques de la Ville » qui se sont succédées et dont la Cour des comptes a, entre autres, dénoncé l’absence d’efficacité malgré les moyens importants mis en œuvre.

 

La première leçon à en tirer est que les politiques d’intégration doivent s’appuyer sur une volonté politique de l’Etat et ne pas s’en remettre aux seules associations qui excellent dans l’accompagnement des personnes mais ne sentent pas toujours légitimes dans les actions plus directives. A cet égard, il faut évacuer le débat très intellectuel entre le modèle multiculturel d’une société dite inclusive –préconisé par le très controversé rapport Tuot de 2013- et le schéma jacobin de la culture dite « gauloise » pour, simplement, éveiller à l’amour de notre culture dans toute sa richesse, sans oublier que, sous ce rapport, la population d’origine est souvent aussi dépourvue que la population immigrée !

La seconde leçon, sans doute moins consensuelle, est pourtant tout aussi incontournable : tant que l’intégration ne parviendra pas à des résultats probants, il faut limiter l’immigration extra-européenne à des cas très limités et clairement définis (experts, étudiants de haut niveau, métiers notoirement insuffisant en France) dans l’intérêt même des candidats à l’immigration. Un argument de bon sens le justifie : dans quels territoires accueillir aujourd’hui de nouveaux migrants ? dans les zones denses, où leur nombre excessif génère déjà des ghettos sans aucune mixité, même si la présence de leurs compatriotes les y attirent inévitablement,  ou dans des contrées rurales éloignées des grands centres où difficultés économiques et vide culturel inspirent pour les Français eux-mêmes un sentiment d’abandon.

 

Tel est en tout cas ce que dicte leur expérience à la plupart des élus de terrain  lorsqu’ils ne sont pas sous la pression des médias ou prisonniers de stratégies électorales. Si on persiste à ne pas les écouter, ils se contenteront de « boucher  les trous » les plus urgents sans que la perspective d’une « libanisation » du pays puisse être écartée d’un simple revers de la main.

 

Jean-Paul BOLUFER

 

 

 
Dernière modification : 09/01/2018