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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 

 
 
 
 
 
 
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Actualités du trimestre

Commentaire de l’actualité de mars à mai 2019

 

 

Sur la scène internationale

 

En Algérie, la crise politique et institutionnelle s’étire depuis le départ de Bouteflika, évincé sous la pression conjuguée des manifestants et de l’armée. La décision du Conseil constitutionnel d’annuler l’élection présidentielle prévue en juillet semble donner satisfaction à la rue, contre le régime  si habitué à l’opacité et à la corruption. Les événements en cours  se déroulent apparemment de manière pacifique, dans ce pays où le souvenir de la guerre civile des années 90 pèse lourd.

Les relations entre les Etats-Unis et l’Iran continuent de se dégrader et on imagine mal ce qui pourrait calmer le jeu, comme le montre encore le tonitruant soutien que le président américain apporte au gouvernement israélien. Pendant ce temps la guerre continue au Yémen , théâtre de l’affrontement entre sunnites et chiites, c'est-à-dire Arabie saoudite et Emirats arabes contre l’Iran.

La décision de l’Italie de s’associer avec la Chine dans le cadre des « nouvelles routes de la soie » illustre de façon caricaturale  le manque de cohésion de l’UE. Un parlement plus fragmenté qu’auparavant va-t-il aggraver la faiblesse de l’Europe? L’élection européenne a mis fin au duopole PPE/sociaux-démocrates qui dominait l’hémicycle de Strasbourg depuis 1979 ; et le succès des écologistes, surtout en Allemagne et en France, leur confère désormais un rôle pivot dans le fonctionnement de la machine bruxelloise.

En Grande-Bretagne  le  Brexit Party a  obtenu 33 % des voix, donnant des allures de farce à cette élection hybride dans un pays déboussolé.

La tension s’est accentuée dans l’affrontement commercial USA/Chine. Ainsi, Trump  a interdit aux entreprises américaines d’avoir des relations avec des opérateurs étrangers de télécom dangereux pour la sécurité nationale, à la suite de quoi Google  a rompu  avec Huwai. 

 

En France

 

L’incendie de Notre-Dame a suscité dans le monde entier des réactions d’une ampleur assez inattendue. En France, ce fut un de ces rares moments où le sentiment national retrouve une plus grande consistance et où le microcosme politique cède la place à l’émotion. Par ailleurs, comment ne pas  observer un certain contraste entre cette émotion partagée et le peu de référence à la religion chrétienne dans la désolation générale exprimée pour  la cathédrale   meurtrie ?

Le chef de l’Etat a réussi semble-t-il à apaiser le climat de crise sociale lors de sa conférence de presse censée clôturer le grand débat national. Et pourtant, ses décisions et points saillants paraissent loin du compte. Peu après, le 1er mai a connu une forte mobilisation, dans laquelle la police a plutôt réussi à limiter la violence des casseurs, et les syndicats se sont fait largement confisquer leur traditionnel défilé par les gilets jaunes.

Dans le cadre du grand débat, la fondation Hulot et la CFDT ont présenté « 66 propositions pour un pacte social et écologique «, soutenues par une alliance de 19 organisations dont plusieurs chrétiennes. Avec ou sans débat, cinq grands patrons français ont pris position pour soutenir le projet de convention OIT contre le harcèlement au travail.

Suite à la décision du Conseil d’Etat validant l’arrêt des traitements de Vincent Lambert par le CHU, l’archevêque de Reims  a rappelé qu’une société humaine ne doit pas laisser un de ses membres mourir de faim ou ce soif. Le 20/05 l’archevêque de Paris préconise le maintien des traitements. Le 21/05 la cour d’appel ordonne le maintien des traitements, dans l’attente de l’avis du comité des droits des handicapés de l’ONU chargé de surveiller l’application d’une  convention  de 2006, et le Vatican qualifie l’arrêt des traitements de grave atteinte à la dignité de la personne. Enfin, le ministère de la Santé se pourvoit en cassation contre le maintien des traitements.

Dans l’hexagone l’élection européenne confirme deux des quatre forces du 1er tour de la présidentielle de 2017 (RN et LRM), tandis que les deux autres (LR et LFI)  sont en déroute. Puisque Neuilly- sur- Seine est la ville du  meilleur score (47,9 %) de la liste macroniste, on peut penser que les 22,4 % de cette liste obtenus au plan national n’ont plus le même contenu que les 24 % de  2017. Ce qui fait dire à certains commentateurs que LRM est devenu  le parti de droite. Avec ses 23,3 %, le RN fait moins bien qu’à l’élection européenne de 2014 (24,9%) et mieux qu’au premier tour de 2017 (21,3 %). Il est probable qu’une fois encore beaucoup d’électeurs ont choisi de se « défouler » dans l’isoloir d’un  scrutin européen, ce qui a pu favoriser le RN et les Verts. A propos de ces derniers, on est frappé par l’influence du mouvement Youth for Climate qui réussit en France à organiser une grève scolaire tous les vendredis.

 

Au plan des religions

 

Face à « la crise actuelle de la foi et de l‘Eglise «  et à « l’ampleur et la gravité des épisodes rapportés », et à la suite du sommet convoqué  par son successeur sur les abus sexuels,  Benoit XVI a publié en avril un texte où il développe sa pensée en trois parties : 1) le contexte social de la question, à savoir la « liberté sexuelle totale » véhiculée par la « révolution de 1968 » et « l’effondrement de la théologie morale catholique à la même époque » ; 2) les conséquences sur la formation des prêtres et sur leur vie ; 3) quelques perspectives pour une réponse appropriée de la part de l’Eglise.

Ce texte laisse une impression  un peu  étrange. D’abord  parce que les circonstances exactes de sa publication restent inconnues. Ensuite parce qu’il  saute parfois d’un thème  à l’autre sans   nette articulation, c’est le cas notamment des paragraphes relatifs à l’Eucharistie, et il  mêle réflexion théologique et regard sociologique parfois de façon déroutante. On remarque  qu’il ne parle pas  du cléricalisme, fortement  mis en avant  par le pape François comme facteur explicatif.

« L’affaire a commencé avec l’initiation des enfants et des jeunes à la sexualité ,  et ce qui à l’origine était uniquement destiné à informer les jeunes a été ensuite largement accepté comme une option réalisable » écrit le pape émérite. Et il précise : « le fait que la pédophilie ait été diagnostiquée comme autorisée et appropriée » fait partie de la mentalité de 1968. Au chapitre de l’effondrement de la théologie morale fondée sur la loi naturelle, Benoit XVI rappelle que  les attaques contre le magistère venues de théologiens catholiques avaient conduit à l’encyclique Veritatis Splendor de 1993 dans laquelle  Jean-Paul II rejette une interprétation « créative »  ou relative de la conscience morale.

Selon le texte, la dissolution de la conception chrétienne de la morale explique  par exemple que « des clubs homosexuels ont été mis en place dans divers séminaires ». Suivent des éléments  complexes sur le droit canonique applicable aux abus à l’époque. En troisième partie, Benoit XVI déplore que la société occidentale soit une société  « qui perd son équilibre » parce qu’elle est sans Dieu, et que l’Eglise soit considérée aujourd’hui « comme une espèce d’appareil politique » et même,  à cause des « nombreux cas d’abus perpétrés par des prêtres, comme une entité qui a mal tourné et qu’il faut reprendre en main et repenser». Le texte se termine  par une méditation sur l’Apocalypse de St Jean et sur l’Eglise : « Oui il y a des péchés et du mal dans l’Eglise. Mais même aujourd’hui, il y a la sainte Eglise, indestructible ».

 

 

En France, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (CIASE ou Commission Sauvé) vient de lancer une vaste opération d’appel à témoignages. La mission de cette commission est de mesurer l’ampleur des abus sexuels commis dans l’Eglise sur des mineurs et des personnes vulnérables par des clercs et des religieux depuis 1950, d’étudier la manière dont ces affaires ont été traitées et d’évaluer les mesures prises par l’Eglise de France depuis le début des années 2000. Par ce dispositif lourd, aux conséquences imprévisibles, qui comprendra aussi des recherches dans différents fonds d’archives et des études thématiques, l’épiscopat entend manifestement placer l’Eglise aux avant-postes du combat contre les abus sexuels.

Un récent motu proprio du pape François oblige les clercs, religieux et religieuses à saisir leur évêque ou supérieur de tout abus sexuel dont ils ont connaissance, sans modifier le secret de la confession.

La chrétienne  Asia Bibi a quitté le Pakistan après dix ans de persécutions.

Le chef de l’université Al-Azhar du Caire considère que la polygamie est une injustice pour les femmes et qu’elle n’est pas la norme dans l’islam.

 

A. Sebaux

 

 

 

 
Dernière modification : 28/06/2019