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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
 
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Actualités du trimestre

Commentaire de l'actualité de décembre 2019 à mars 2020

 

Ainsi donc, cette mystérieuse pandémie a réussi, en un foudroyant retour en arrière, à rapprocher notre époque gavée de progrès scientifiques et d’innovations technologiques, des pestes du Moyen Âge ou du désarroi de la drôle puis vraie guerre de 39-40.

Tout d’un coup, en quelques jours puis quelques heures, tout a basculé de façon totalement inédite. Les rouages modernes de notre vie collective se sont grippés, l’inquiétude s’est installée dans les esprits, notre horizon physique et mental s’est rétréci. Les frontières ont retrouvé une brulante actualité et, paradoxalement, le monde en bloc est entré en résistance contre un adversaire commun.

Pour beaucoup de nos semblables la mort est redevenue subrepticement une réalité à penser et à formuler, que la société a plutôt écartée de l’espace public depuis longtemps. Et protéger des vies s’est imposé en haute priorité, face à un ennemi aussi invisible qu’omniprésent. C’est la guerre, a déclaré le chef de l’État à plusieurs reprises le 16 mars. Le dessinateur Plantu n’a pas manqué de représenter aussitôt notre président revêtu de l’uniforme d’un général deux étoiles, assis devant un micro, sous le titre Les confinés parlent aux confinés.

La population française a-t-elle tardé à prendre conscience et à admettre la gravité de la situation ? Les pouvoirs publics ont-ils eux-mêmes perdu du temps avant de prendre les décisions nécessaires ? Ce sera un intéressant sujet d’histoire immédiate…dans quelques temps.

 

Les élections municipales paraissent soudain bien dérisoires, devant cette violente crise sanitaire et son cortège de conséquences de toutes sortes. A entendre certaines personnes dans les jours précédant le premier tour du 15 mars, on a pu avoir le sentiment que cette élection importait plus que le plan d’action contre le coronavirus. L’emballement des événements en un laps de temps aussi court, du 12 au 16 mars, ne peut qu’intriguer. De même que l’observation passive (incrédule ?) de ce qui se passait en Italie depuis des semaines

 

Et comment ne pas être frappé par la rupture entre d’une part ce retour forcé à l’essentiel et d’autre part le flot débordant de futilités, de gaspillages et de tensions qui caractérisait la vie d’avant ?0999

 

 

Souvenirs de la vie d’avant

Cette invraisemblable épidémie découle parait-il de profonds déséquilibres survenus dans les interactions entre règne animal et monde des humains, sur fond de dégradation environnementale. Or sur quoi la COP 25 de Madrid en décembre 2019 a –t-elle débouché ? Sur des résultats insignifiants. Dans le même temps, l’homme le plus riche du monde, patron d’Amazon, a ouvert un fonds de 10 milliards de dollars consacré à l’environnement.

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné fin 2019 Orange (ex France Télécom) et ses principaux dirigeants pour harcèlement moral « institutionnel », c'est-à-dire dû à la politique d’entreprise dans l’organisation du travail et dans les formes de management. C’est une première dans les annales judiciaires françaises. Les dirigeants ont fait appel, contrairement à la société elle-même.

Le Sénat a adopté le projet de loi bioéthique, mais a refusé le remboursement de la PMA par la Sécurité sociale ainsi que la congélation des ovocytes. Pouvait-il faire davantage, alors que ses groupes parlementaires étaient divisés de l’intérieur, voire favorables au projet gouvernemental ?

 

 Curieusement, la bonne nouvelle de la baisse du chômage sur l’année 2019 (8,10 % de la population active) a été assez peu mise en avant dans l’actualité économique antérieure.

Les révélations d’abus sexuels commis au sein de fédérations sportives ont à nouveau jeté une lumière crue sur les dessous de notre société. Il s’agit de faits souvent très anciens, parfois connus de longue date par des responsables qui n’ont pas estimé utile de les dénoncer. Et qui n’ont pas été inquiétés pour autant par la justice semble-t-il. Bien sûr on est tenté de faire un parallèle avec la longue traque judiciaire subie par le cardinal Barbarin. La cour d’appel a relaxé ce dernier des faits de non dénonciation d’abus sexuels sur mineurs, en raison de la prescription.

Dans un autre registre, l’épisode Griveaux a aussi atteint des sommets. Ce proche du président a manifestement joué avec le feu et, au-delà de son drame personnel, a provoqué un sidérant coup de théâtre politique (qui n’est pas sans rappeler celui de DSK).

Le ministère de l’intérieur a publié les chiffres des faits antireligieux commis en 2019, dans lesquels il distingue les menaces et les actions. On apprend que, parmi les troias religions monothéistes, le christianisme a subi le plus grand nombre de faits (1052), et presque exclusivement des actions c'est-à-dire principalement des atteintes aux biens, un chiffre stable par rapport à 2018. Il y a eu 687 faits antisémites, en hausse de 27 %, surtout des menaces. Et 154 faits anti musulmans.

Une conférence internationale sur « le renouveau de la pensée islamique « a eu lieu début 2020 à l’université Al-Azhar du Caire, dont la déclaration finale énonce notamment : « L’athéisme est un danger qui remet en question la stabilité de nos sociétés (…). Il est la cause directe parmi celles qui conduisent à l’extrémisme et au terrorisme. » Voici une affirmation pour le moins surprenante !

Le pape François a finalement renoncé à autoriser l’ordination d’hommes mariés, demandée par le synode sur l’Amazonie. Il a sans doute jugé que l’Église, autant les fidèles que l’institution, n’est pas prête à ce saut. S’il en avait décidé autrement, cela aurait probablement aggravé des divisions déjà fortes.

 

Et que dire de Jean Vanier ? L’écroulement de ce monument a fracassé beaucoup de choses, même si son œuvre reste sans doute intacte.

 

Qui saura terminer la guérilla politico-syndicale autour du bourbier de la réforme des retraites ? La suspension de ce chantier en raison de la crise sanitaire va-t-elle offrir une sortie honorable ? On se souvient des mouvements de grève et des arrêts maladie qui se sont multipliés autour de Noël contre le projet gouvernemental. Sans oublier le déchaînement de violence, lui aussi inédit, qui a trop souvent accompagné les manifestations des gilets jaunes.

Et la crise des hôpitaux, lancinante depuis des années, trouve son tragique paroxysme dans la guerre d’aujourd’hui contre le coronavirus.

 

Vers un changement de paradigme ?

Plus rien ne sera comme avant, a déclaré le président Macron.

De son côté, le président de la Conférence des évêques de France a prononcé ces mots : « J’espère que cette crise sera pour nous l’occasion de nous interroger sur nos choix collectifs depuis la Libération ».

La crise sanitaire marque un coup d’arrêt aux comportements dominants de consumérisme infini, de fuite en avant matérialiste, d’individualisme insouciant et conquérant. Certes. Mais, une fois terminée, la crise saura-t-elle semer des graines de renouveaux ? Ou bien serons-nous tellement désireux d’oublier cette période dramatique que tout ou presque recommencera comme avant ?

On imagine mal que les mécanismes et les forces technico-économiques qui gouvernent notre monde se transforment radicalement dans le sillage de la pandémie, lorsqu’elle aura été terrassée. Cependant, il faut espérer que des changements significatifs émergent bientôt dans notre pays et dans le vaste monde, à la lumière de ce qui s’est passé.

Cela nécessitera de nombreux consensus dans l’analyse des faits, dans l’examen de l’enchaînement des causes qui ont conduit à la catastrophe.

Vaste programme.

 Y aura-t-il un Yalta de l’après-coronavirus ? Si oui, espérons que la France y sera présente.

 

 

Antoine Sebaux

 

 
Dernière modification : 07/04/2020