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Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

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Actualités du trimestre

 

Au plan international : l’agression russe contre l’Ukraine

 

Par un tragique recul de l’Histoire, l’invasion russe de l’Ukraine ce 24 février  inflige à l’Europe et au monde la reproduction d’agissements et d’événements oubliés, enfouis dans la mémoire du siècle précédent.

La seconde guerre mondiale et la victoire soviétique de 1945 sont convoquées par le président russe pour alimenter  son discours dans lequel il a prétendu justifier l’agression contre son voisin. Se référant lui-même au pacte germano- soviétique d’août 1939, il a affirmé ne pas vouloir faire la même  « erreur d’essayer d’apaiser l’agresseur » (en 2015 il avait au contraire rendu hommage à ce  pacte Molotov-Ribbentrop),  ce qui explique selon lui l’envoi de l’armée russe en Ukraine.

Si le Kremlin a dépêché ses troupes en direction de la « junte de Kiev », c’est pour faire cesser « un génocide » et effectuer « la dénazification et la démilitarisation » de ce pays. Ces propos insensés, auxquels est venue s’ajouter peu après la menace proférée par Poutine d’utiliser l’arme nucléaire, n’ont sans doute pas manqué de susciter dans les chancelleries des interrogations sur la santé mentale de celui qui dirige la Russie, potentiellement, jusqu’en 2036.

Certes, il existe des éléments  néo-nazis en Ukraine, comme il en existe dans d’autres pays, y compris en Russie. Cela n’étaye aucunement la grossière et mensongère propagande déployée par les autorités russes.

Le monde a basculé en quelques jours dans un inconnu dangereux. Depuis des semaines les USA alertaient sur les mouvements de troupes, avec une précision et une lucidité remarquables qui ont fait cruellement défaut, il n’y a pas si longtemps, lors de la prise de Kaboul par les talibans. Les Américains ont très vite fait savoir qu’ils n’enverront pas de soldats en Ukraine, ce qui n’est pas surprenant. Les choses auraient-elles tourné autrement, depuis ce début d’année 2022, si le président des Etats-Unis s’appelait encore Trump ? Bien malin qui peut le dire. On ne peut s’empêcher de voir des similitudes  troublantes  entre  d’une part cette crise internationale provoquée par la Russie et d’autre part les années 1938-39. Les exactions du parti nazi et séparatiste des Sudètes conduisirent à la conférence de Munich, au terme de laquelle cette région tchécoslovaque fut annexée par le Troisième Reich. La Tchécoslovaquie dans sa quasi totalité allait passer peu après sous domination allemande. Et l’invasion de la Pologne par l’Allemagne le 1er septembre 1939 déclencha la seconde guerre mondiale.

Un observateur estimait le 4 mars que les habitants de Kiev allaient souffrir, dans les prochains jours, comme ceux de Londres en 1940. Ce parallèle ne me parait pas approprié, dans la mesure où les Britanniques disposaient d’une  solide aviation, grâce à laquelle Churchill put gagner la bataille d’Angleterre ; ce n’est  pas le cas  de Kiev, de sorte qu’on peut craindre plutôt  une attaque massive (avions, artillerie, chars) rappelant l’écrasement de Varsovie par les Allemands en 1944.

On peut établir aussi une analogie entre le coup de Prague d’août 1968, par lequel l’URSS  envoya  ses chars pour mettre fin à la libéralisation menée par Dubcek, et l’invasion d’une Ukraine trop attirée par l’Ouest aux yeux de Poutine. Dans les deux cas, c’est l’application de la doctrine Brejnev dite de la souveraineté limitée (des pays membres du bloc soviétique).

Le monde entier est édifié par le courage admirable des Ukrainiens. Il faut aussi saluer le courage, sur un autre plan, des Russes qui osent manifester dans leur pays contre la guerre.

 

Les sanctions prononcées contre la Russie sont sans précédent.  A mesure qu’elles se durcissent, de redoutables questions de définition vont se poser pour les différencier de la belligérance.

L’accélération des événements est vertigineuse. Ainsi par exemple, il faut noter  la rapidité avec laquelle la Pologne et la Hongrie se sont alignées sur les réactions européennes à l’agression russe, quelques jours seulement après avoir été déboutées par la Cour de justice de l’UE de leurs plaintes contre la conditionnalité du versement des fonds européens au respect de l’Etat de droit.

Jusqu’où le président russe ira-t-il ? Selon certains connaisseurs du monde russe, seul un coup d’Etat contre lui pourrait arrêter sa fuite en avant, dès lors que la société russe, enfermée par un nouveau rideau de fer (surtout depuis la loi ultra répressive votée le 5 mars), n’a plus aucune  capacité d’influence sur l’appareil gouvernemental.

Prudemment  installée dans un confortable ni-ni (ni condamnation ni soutien de l’invasion), la Chine a indiqué le 7 mars qu’elle entend maintenir son partenariat stratégique avec la Russie amie.

Au début de février, les JO de Pékin s’ouvraient en présence de Poutine, et en l’absence de tous les athlètes russes, écartés pour cause de dopage. Les deux  pays amis signaient un texte essentiellement anti-américain où ils affirment défendre « la démocratie authentique ». Les deux dictateurs amis ont-ils devisé à propos de la meilleure manière d’annexer un pays voisin ? Ou l’un a -t-il caché ses intentions  belliqueuses à l’autre ?

 

En France

L’agression russe contre l’Ukraine rend assez dérisoires certaines composantes de notre actualité hexagonale. Retenons cependant quelques aspects.

 

Religion et laïcité

Une procession catholique  a été violemment prise à partie à Nanterre en  décembre par une dizaine d’individus ; les processionnaires ont entendu « Sur le Coran je vais t’égorger » ; la police est arrivée pour encadrer la procession.

Lors d’un face à face télévisé qui l’opposait à B. Le Maire, E.  Zemmour a déclaré : « je demanderai aux musulmans de choisir entre charia et loi française » ; ce à quoi le ministre a répondu : « c’est une gifle au visage des musulmans, de leur demander de  choisir entre leur foi et la loi française ».Le candidat a eu beau jeu de lui répéter qu’il parlait de charia et non pas de foi. Le format de l’émission ne permettait manifestement pas d’approfondir le sujet. Selon ce même candidat, les religieuses sont des « professionnelles de la religion » et donc la question du voile ne se pose pas pour elles ; cela me rappelle que je ne comprends toujours pas l’étonnante tolérance des pouvoirs publics face à la multiplication des vitres noires des automobiles.

 

A propos de  foi justement, le président Macron a eu l’occasion de  réaffirmer durant cette période que foi et raison doivent coexister. Peut-être se souvenait-il du fameux discours de Ratisbonne de Benoit XVI  en 2006 ?

Après des menaces contre l’auteur d’un reportage tv sur l’islamisme, un collectif de musulmans français a publié un texte affirmant que « l’islamisme et le  salafisme  ne sont pas l’islam » et apportant un vif soutien à la personne menacée.

Le ministère de l’intérieur nous apprend que 1400 actes antireligieux ont été recensés en France en 2021, soit une baisse de 17 % par rapport aux chiffres de 2019.

 

Campagne présidentielle

Il est très probable que la guerre d’Ukraine va offrir une prime supplémentaire au président sortant. C’est dans l’ordre des choses. Le philosophe Gaspard Koenig , fondateur du mouvement Simple contre le « bureaucratistan », voulait se présenter ; se déclarant « libéral », il demande notamment la libéralisation du  cannabis, de la GPA et de  la prostitution.

La primaire populaire qui s’est déroulée par « jugement majoritaire médian » et non par scrutin majoritaire, a donné un assez pitoyable spectacle.  La gagnante Christine Taubira n’a pas gagné longtemps puisqu’elle a finalement renoncé à sa candidature.

Les trois candidats (Le Pen, Mélenchon, Zemmour) qui ont de longue date montré  des sympathies pour l’autocrate du Kremlin sont rattrapés par l’urgence immédiate : expliquer cette proximité sans soutenir l’agresseur, au moyen de contorsions verbales plus ou moins réussies.

 

Dérèglement

Le directeur général de la Caisse des Dépôts  a déclaré récemment : «  le capitalisme est déréglé parce que le taux de rendement demandé par les actionnaires est trop élevé (…). Il y a un décalage complet entre ceux qui ont un patrimoine et le niveau de vie de ceux qui ont des revenus modestes (…). Ne rien changer, c’est prendre le risque politique d’une révolution sociale. »

 

 

Dans le cosmos

L’Agence spatiale européenne a reçu 24 000 candidatures provenant de 25 pays depuis mi 2021, pour succéder aux astronautes parmi lesquels on se souvient notamment de Thomas Pesquet. Après une première sélection, 1300 personnes restent en lice dont 39 % de femmes, avant d’autres épreuves ; l’ESA recrute aussi des handicapés. On ne peut que se réjouir que tant de nos contemporains aspirent à prendre de la hauteur.

Un objet non identifié s’est écrasé sur la lune le 4 mars. C’est la première fois qu’un débris d’origine terrienne percute la lune de manière accidentelle ; les USA et la Chine ont décliné toute responsabilité.

Le dernier rapport du GIEC de février 2022 alarme sur les impacts toujours plus ravageurs et souvent irréversibles du réchauffement climatique d’origine humaine. Le secrétaire général de l’ONU a souligné le caractère « indéniable » de ces constats et il appelle à un sursaut.

 

Antoine Sebaux

 

 

 

 

 
Dernière modification : 23/03/2022