logo-ochres

 

Observatoire Chrétien de l'Entreprise et de la Société

L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.

 
 
 
 
 
 

Paix et Développement Donald Trump, les États-Unis et la question de la "gouvernance mondiale"

1. Eléments d’introduction


Depuis des milliers d’années, le principe des conflits a été  « si vis pacem  para bellum ».
Les guerres et les conflits se sont succédés et n’ont jamais cessé  ….  la peur,   la convoitise sont des facteurs permanents, l’absence d’une norme internationale absolue..
Avec l’arme nucléaire, tout change. Deux camps disposant de l’arme sont censés ne plus pouvoir envisager rationnellement de se faire la guerre. C’est ainsi que depuis 75 ans, le monde n’a plus connu de grande guerre mondiale alors que les armes y compris conventionnelles ont augmenté leur pouvoir et leur efficacité de destruction.

 

 

  • Comment se forger une opinion personnelle en tant que chrétien ?
  • Comment aider les hommes politiques à choisir et décider en conscience ?
  • Quelle place l’église et singulièrement l’église de France a sur ces questions ?
  • Où va le Vatican aujourd’hui ?
  • Où va la France et où voulons nous aller ?

untitled[1]
2. La France et la dissuasion


La France a possédé l’arme nucléaire avant d’élaborer une doctrine de dissuasion nucléaire, celle-ci  n’ayant émergé que vers la fin des années 1970. 
Il s’agit de la dissuasion dite du « faible au fort », résumée par François Mitterrand : « la dissuasion est faite pour éviter la guerre pas pour la gagner ». Ses fondements sont la fiabilité technique, la permanence et la capacité de frappe en second, la résolution du dirigeant rendant crédible la menace, le principe de stricte suffisance, la défense des intérêts vitaux, la dissuasion tous azimuts.
La chute de l’URSS a un peu bousculé cette doctrine. Le travail doctrinal sur les armes a  été concrétisé avec le discours de Nicolas Sarkozy à Cherbourg en 2008.
En janvier 2018, Emmanuel Macron annonce :"Je lancerai au cours de ce quinquennat les travaux de renouvellement de nos deux composantes dont la complémentarité ne fait pas de doutes : la force océanique et la composante aérienne". "La dissuasion fait partie de notre histoire, de notre stratégie de défense et elle le restera". (voir annexe sur les programmes et projets en cours).
Depuis 1956, il existe incontestablement un consensus en France (1) sur le sujet. Ce consensus se maintient aujourd’hui tout du moins dans la France « d’en haut ».
En 2019, la France possède un arsenal réduit mais potentiellement dévastateur (équivalent en puissance à 2400 Hiroshima). Le fait nucléaire national est caractérisé par une forte dimension industrielle, technologique et humaine  (voir rapport sur l’avenir des centrales nucléaire et de l’EPR été 2018).


3. Ce que dit l’Eglise catholique


Dès la fin de la guerre, l’église émet des réserves de principes. Condamnation des armes nucléaires par le pape Pie XII (voir Noël 1951, oct 54, Noël 1955, oct 1954) « il n’y aura aucun cri de l’histoire, mais seulement la douleur inconsolable de l’humanité qui contemplera désolée la catastrophe due à sa propre folie ».
Il semble que la doctrine de la guerre juste soit devenue périmée car le fait nucléaire rend désormais impensable que soit jamais rempli ce critère (voir Jean XXIII dans Pacem in terris).
Vatican II condamne l’usage de telles armes (Gaudium et Spes – « crime contre Dieu et l’homme lui-même ») sans se prononcer cependant formellement sur la possession de ces armes.
En juin 1982, Jean-Paul II dans un message adressé au Nations Unies déclare : « Dans les conditions actuelles, une dissuasion fondée sur l’équilibre , non certes comme une fin en soi, mais comme une étape sur la voie d’un désarmement progressif, peut encore être jugée comme moralement acceptable.
Dix ans plus tard, en octobre 1993, Mgr Martino (2) condamne le principe de la dissuasion : « La dissuasion nucléaire constitue un obstacle au désarmement nucléaire authentique. Elle assure une hégémonie inacceptable sur les nations sans armes nucléaires».
Le Vatican préconise un désarmement progressif et concerté : voir intervention de Mgr Migliore au cours de la conférence d’examen du Traité de Non Prolifération (TNP -voir annexe) en 2010. Mais met en évidence le risque d’échec de ce traité si les mentalités, les structures juridiques, et politiques de la gouvernance mondiales ne changent pas en profondeur.
Depuis son élection, le pape François semble vouloir accélérer l’agenda. En 2014, il déclare que « la dissuasion nucléaire et la menace de destruction réciproque assurée ne peuvent être la base d’une éthique de la fraternité et de la coexistence pacifique entre les peuples et les états ». Cette exigence d’abolition est reprise en 2015 (3) .
Le 7  juillet 2017, le Vatican, dans un de ses premiers votes aux Nations unies, a  approuvé le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires et a été l’un des trois premiers états à le ratifier en septembre 2017.
 
4. Ce que dit l’église de France


Pendant le concile et les années qui suivent où la France se constitue son arsenal, de nombreux débats ont eu lieu dans au sein de l’épiscopat français. La position était majoritairement contre la possession de ces armes.
La prise de position en 1983 de la conférence des évêques avec le document « Gagner la paix » a constitué un tournant. Le point clé du document est la distinction entre l’emploi toujours condamné et la « menace de l’emploi » qui pouvait être tolérée dans la situation d’alors liée à crise des euromissiles.
Aujourd’hui, il n’existe pas de position unanime dans l’église de France. Peu de travaux ont été effectués sur le sujet ces dernières années et le sujet n’est pas au premier rang des préoccupations. Des travaux sont cependant en cours.
Dans les autres églises chrétiennes
L’approche est plus tranchée. La possession d’armes nucléaires ne saurait être justifiée (Conseil œcuménique de février 2006).
Position de l’église orthodoxe : inconnue.


5. Quelques commentaires et questions.


Plusieurs dimensions : politique, diplomatique, militaire, technologique, psychologique et éthique. Cela nécessite beaucoup de lucidité et la compréhension de la complexité. Ce que l’on peut traduire par :  pas d’opinion simple et pas d’irénisme.
Un jugement juste et éthique passe par l’analyse réaliste de l’évolution du monde : allons-nous vers un monde dénucléarisé ? N’y a-t-il pas une course de vitesse entre le désarmement d’une part (TICE, zones dénucléarisées,…) et la prolifération ? Un retour à la guerre totale est-il possible ?  Le système international est-il aujourd’hui plus régulé par des relations coopératives, multilatérales et négociées qu’il y a 30 ans ? Les logiques de puissance, de menace et de chantage ont elles disparu ?
De nombreux analystes montrent également qu’au cours de l’histoire, jamais une arme n’a disparue sans raison (son utilité sur le champ de bataille ou elle était dépassée). 
Faut-il s’interroger sur la prise en compte de la dimension européenne de la dissuasion. Pour l’instant, les intérêts propres semblent dominer même si certains discours sont intéressants. Il faudrait sans doute une menace majeure pour catalyser une vraie réflexion. Cependan, importance des enjeux technologiques et industriel (service physique nucléaire de la direction des applications militaires du CEA sans équivalent en Europe…)
Quelles sont donc les options pour la France :  renoncer à la possession de l’arme nucléaire ou décider de la conserver ? Le choix est t-il radical et irréversible ? Existe -t-il une option moyenne ?
Mais finalement, ce choix n’est-il pas en train de se faire de par les programmes lancés ?


ANNEXE


Quels sont aujourd’hui les principaux outils actuels de la dissuasion française ?

 

  • Les forces nucléaires comprennent une composante aéroportée  (Rafale+ ASMPA et une composante océanique (SNLE type Triomphant + Missile M51) et des outils de simulation. 

 

  • Le programme de missile air-sol moyenne portée amélioré (ASMPA), entré en service en 2009 sur Mirage 2000N K3 et en 2010 sur Rafale, et qui emporte la charge nucléaire de nouvelle génération TNA (tête nucléaire aéroportée). Le dernier escadron de Mirage 2000N a été retiré du service en 2018. La rénovation à mi-vie du missile ASMPA a été lancée en 2016. L’ASMPA est mis en œuvre principalement par les FAS (Forces Aériennes Stratégiques) de l’armée de l’air mais également par l’aéronavale sur le porte-avions Charles de Gaulle (FANU).

 

  • La Force Océanique Stratégique comporte 4 Sous-Marins Nucléaires Lanceurs d’Engins  : Le Triomphant, Le Téméraire, Le Vigilant, le Terrible. Ces sous-marins sont entrés en service à la fin des années 1990. Ils constituent la deuxième génération de ce type de sous-marin.

 

  • Le M51 est un missile nucléaire stratégique à têtes multiples, à capacité intercontinentale, emporté sur les SNLE. Ce missile évolue par incréments.


S’y ajoutent  les capacités de simulation dont la France s’est dotée après l’arrêt de ses essais nucléaires assurent la fiabilité et la sûreté des armes nucléaires. acquisition et le maintien en condition opérationnelle de l’ensemble des moyens (outils numériques et expérimentaux) et les études concourant à la garantie de la fiabilité de fonctionnement et de la sûreté des charges nucléaires suite à l’arrêt des essais nucléaires : réalisation du laser mégajoule (LMJ), des installations radiographiques et hydrodynamiques franco-britanniques (programme TEUTATES) et l’acquisition de supercalculateurs.


Le contexte aujourd’hui va être marqué par la décision ou non de lancer un programme de SNLE de nouvelle génération. Lors de ses auditions parlementaires de l’automne dernier, le chef d’état-major de la Marine nationale, l’amiral Christophe Prazuck, avait dit prévoir « un lancement de la réalisation » des SNLE de 3e génération « en 2020 pour une admission au service actif dans les années 2030. Le Projet de loi de finances 2020 confirme cela. Les décisions ont été prises…

 

Etat des lieux rapide des armes (têtes) nucléaires aujourd’hui :


* Israel :  80 - 90
* Inde : environ 100
* Pakistan : 150-160
* Russie : 6500
* Chine : 290
* France : 300
* USA : 6185
* UK :  200
* Corée du Nord : 20-30

 

Référence : ICAN /SIPRI (à mettre en perspective avec portée et puissance).


Les principaux traités qui concernent la France :


TNP : Le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) est un traité international conclu en 1968 et signé par un grand nombre de pays. Il vise à réduire le risque que l'arme nucléaire se répande à travers le monde, et son application est garantie par l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA).


TICE : Le traité d'interdiction complète des essais nucléaires ou TICEN ou encore TICE est un traité international signé en 1996 interdisant tout essai nucléaire ou tout autre type d'explosion nucléaire, que ce soit à des fins pacifiques ou militaires, dans quelque environnement que ce soit. Il n'est toujours pas entré en vigueur. En effet, pour ce faire, il faut que les 44 États repris dans l'annexe 2 du traité ratifient le texte ; or, En 2019, seuls 36 d'entre eux l'ont fait.
Traité sur l’interdiction des armes nucléaires :  traité international des Nations unies visant à interdire l’utilisation d’armes nucléaires. Il a pour objectif de renforcer l’article 6 du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires. Le traité est notamment porté par la Campagne internationale pour l'abolition des armes nucléaires, ensemble d’ONG contre la prolifération nucléaire, fondé en 2007 et qui a reçu le prix nobel en 2017. 122 pays sur 192 ont approuvé le traité en juillet 2017. L’ensemble des puissances nucléaires, ainsi que les pays membres de l’OTAN, plusieurs pays d’Afrique et d’Asie centrale, l’Australie et le Japon entre autres, ont boycotté l’adoption du traité. Sa ratification a commencé le 20 septembre 2017. Il entrera en vigueur lorsque 50 États l'auront ratifié. (32 l’ont ratifié à ce jour).


Les risques actuels :
Ouvrir le champ actuel à un emploi tactique (RU) ou US avec le développement d’armes à faible puissance employés avec une précision (maitrise des effets collatéraux).


Vulgarisation actuelle de la propulsion nucléaire :
Outre les porte-avions (US et FR) , les sous-marins lanceurs balistiques et les sous-marins nucléaires d’attaques, de nouveaux vecteurs sont actuellement en développement comme :
* Missile de croisière à propulsion nucléaire (programme "Bourevestnik" russe et projet US sans doute )
* Fusée à propulsion nucléaire (projet NASA)
* Satellite à propulsion nucléaire
Portée Missiles :
Stratégique sol sol : 10000 km – 500 et 1 Mt
Stratégique mer sol : 10000 km – 100 kt  ER FR et CH et 300 US UK - M51

 

Eric Le Moulec

 



(1) Illustrée par continuité IV et Vème. Rapports parlementaires sur la dissuasion depuis 3 ou 4 ans . Travaux SGDSN.
(2)  Ambassadeur du Vatican à l’ONU.
(3) Message du pape à l’occasion du 70ème anniversaire d’Hiroshima.

 

 

Retour