
L'OCHRES exerce une mission d'observation des problèmes économiques et sociaux, particulièrement de ceux qui relèvent des interactions entre l'entreprise et la société.
Le nombre de réponses au baromètre est de 16 dont 15 comportent des commentaires.
En classant les événements par ordre de poids donné par les capteurs, nous avons :
1) Vote et promulgation rapide de la loi sur l’aide à mourir : cité 11 fois avec un poids de 24 et une appréciation unanimement négative, en réalité (-1,91) et en conséquences (-2,00)
C’est la question qui a suscité le plus de commentaires, tous très négatifs. Pour un capteur, c’est « la honte de la honte ». Pour un autre, le vrai nom de cette loi est « loi sur l’aide au suicide ».
On peut relever les remarques suivantes :
Un vote avec une majorité étriquée, poussée par la franc-maçonnerie, et une démarche qui, contrairement à ce qu’a assuré le Président de la République, n’avait rien d’un processus démocratique exemplaire ; un capteur est sévère : ce qui me semble assez dramatique, c’est le fait que la loi soit votée et promulguée dans un contexte sociétal qui est loin d’être consensuel sur un sujet aussi grave, au mépris parfois du respect des consciences, et plus encore qu’elle soit entachée de la volonté évidente du Président de la République de mettre ce texte à son crédit avant la fin de son mandat.
Bien sûr il y a un grave problème quant aux moyens publics pour accompagner dignement la fin de vie, bien sûr certains de nos voisins pratiquent l’euthanasie de façon courante, mais cela justifie-t-il de sacrifier le principe du respect de la vie à la primauté très libérale de la volonté individuelle (pour autant que cette volonté s’exprime en toute liberté de conscience D’ailleurs, on ne croit pas que les soignants et établissements de soins qui exprimeront le refus que leur conscience leur dicte seront respectés ; à travers cela, c’est le primat de la conscience qui est nié.
La quasi-certitude que l’on n’en restera pas là, car la porte est ouverte vers la GPA et l’allongement de la durée légale autorisée pour l’avortement. Elle figure en effet comme une marche dans le processus de révolution des mœurs commencé il y a plus de cinquante ans ;
Cette loi permet la non-application de la loi sur les soins palliatifs pourtant votée à l’unanimité ;
Selon un capteur, elle acte aussi un principe d’indignité possible des personnes en grande souffrance, ce qui inquiète sur le fonctionnement futur d’une société dont les citoyens âgés vont constituer une proportion de plus en plus nombreuse.
Tous ces commentaires trouvent un écho dans l’opposition très ferme à cette loi exprimée par le Pape devant le Président de la République.
2) L’enthousiasme pour la visite du pape en France : Cité 9 fois avec un poids de 19. Les appréciations sont unanimement positives (+1,67) en réalité et en conséquences.
Magnifique humanité, magnifique visite. On note un enthousiasme qui s’étend au-delà des seuls catholiques. Il révèle une attente que ne satisfait pas le discours politique actuel et, peut-être, dans la morosité ambiante, un espoir à défaut d’une espérance.
Mais aussi une confirmation : la société française bouge. On assiste en effet à un mouvement d’engagement (baptêmes, …)
Dans la sphère catholique, on relève d’une part l’espoir que cette forte visibilité nous fasse quitter l’obscurité où l’Église se confinait depuis des décennies, d’autre part le rôle unificateur du Pape fidèlement à sa devise, qui est « unis dans l’Unique » : très significative de son influence sera la progression vers un peu de convergence entre les composantes de notre Église (identitaires, progressistes, …), si elle se produit…
Un capteur souligne que ce voyage a mis en évidence la stature de Léon XIV aux yeux des observateurs de la marche du monde, même si certains ont voulu minorer le poids de sa parole quand il a abordé certains sujets de société, comme la laïcité.
3) L’IA connaît une croissance vertigineuse et est confrontée à des inquiétudes : Cité 8 fois avec un poids de 15 et avec des appréciations plutôt négatives, davantage en réalité (-0,25) qu’en conséquences (-0,13).
Le développement de l’intelligence artificielle préoccupe nos capteurs et leur impression est plutôt pessimiste. Les risques relevés sont une perte de contrôle par l’homme ; un affaiblissement de la personne humaine parce que l’IA s’impose dans des tâches requérant un raisonnement humain ; elle s’impose aussi dans la prise de décision ; elle va favoriser la paresse par la facilitation dans tous les domaines de la vie ; elle fera disparaître le libre-arbitre. Un capteur parle même de bestialisation de l’homme.
Un autre fait montre d’humilité, prétextant de sa très faible connaissance du sujet pour faire un commentaire. Il partage l’inquiétude sur les développements de l’IA, comme de toute technologie, rappelant la sagesse de Sophocle, dans Antigone : « Ainsi maître d’un savoir dont les ingénieuses ressources dépassent toute espérance, l’homme peut prendre la route du mal tout comme du bien ». Il ne s’agissait encore que de l’invention du soc de la charrue qui a permis de fixer les hommes à leurs terres.
Mais une vision positive n’est pas exclue : les dangers de l’IA généreront par leurs conséquences une forte prise de conscience chrétienne et le début d’une renaissance et, comme dit Magnifica humanitas,
I'IA peut être au service d'une civilisation de l'amour.
4) La crise de l’enseignement en France : cité 5 fois avec un poids de 9. Le jugement est négatif en réalité (0,60) et en conséquences (-1,00).
Trois capteurs se sont exprimés sans ambiguïté sur cette crise. Ils font observer que l’abandon du système éducatif français, qui était envié, restera la grande honte des derniers gouvernements (depuis 1968) et explique bien des maux actuels, dont la crise de la représentation qui n’a plus de langage commun fédérateur. Cette décadence est la porte ouverte à toutes les tyrannies et à tous les excès. Sans le savoir, transmis et partagé, rien n’est possible pour la société. La crise de l’enseignement est une crise de vie. Péguy a écrit là-dessus (Ndlr : c’est même une crise de civilisation. Voir Pour la rentrée, 1904. Toute la bataille pour l’emploi en découle.
A contrario, deux capteurs mettent en avant un besoin radical de changement dans les méthodes. Le recul aujourd’hui constaté ne pourra être jugulé qu’au prix des modifications profondes dans la manière d’enseigner, abandonnant une pédagogie largement basée sur la mise en concurrence des élèves au profit d’une recherche d’une coopération entre eux, comme on le voit dans d’autres pays (scandinaves en particulier), dit l’un. Et l’autre : nous n’arrêtons pas de privilégier les options élitistes, accessibles à la petite partie de la population qui aura les moyens de financer les études de ses enfants, faute de vouloir et de pouvoir réformer en profondeur l’enseignement public comme privé, dans ses principes, ses méthodes, notamment pédagogiques, et bien sûr les moyens financiers nécessaires. Ce qui paraît le plus flagrant est l’incapacité même de penser l’adaptation de l’enseignement aux transformations de la société d’une part et aux enjeux de la préparation des jeunes aux compétences requises demain d’autre part, bien avant les questions budgétaires.
5) Les dernières données de l’INSEE fournissent un tableau inquiétant de la situation économique et financière en France: cité 3 fois avec un poids de 8. Le jugement est unanimement négatif en réalité et en conséquence (-1,00).
La situation très préoccupante des finances publiques résulte de la lâcheté, de la démagogie et/ou de l’inconscience des gouvernements successifs, depuis plus de 20 ans, aggravée au cours des deux ou trois derniers quinquennats (constante augmentation du nombre de fonctionnaires, dépenses sociales démagogiques au-dessus de nos moyens, train de vie de l’État, absence de réformes structurelles, maintien de régimes spéciaux privilégiés [SNCF, EDF, Air France, RATP…], immigration coûteuse et incontrôlée …).
La conséquence est un défaut flagrant d’investissements dans tous les domaines (technologie, « IA », santé, enseignement, énergie, transports, etc.), le mécontentement croissant de catégories professionnelles sous-rémunérées (enseignants, personnel hospitalier par exemple). Notre pays prend un retard qui risque d’être très bientôt irrattrapable, d’autant que la situation conduit beaucoup de cadres ou ingénieurs à partir à l’étranger.
Ce qui inquiète aussi, c’est que, dans la campagne présidentielle qui commence, les candidats ne se soient pas véritablement emparés de cette situation et de ses conséquences sur l’avenir.
6) Les agressions cyniques du gouvernement israëlien vis-à_vis des Palestiniens : cité 3 fois avec un poids de 6. Le jugement est unanimement négatif en réalité et en conséquence (-2,00).
L’éradication programmée de la présence palestinienne à Gaza, en Cisjordanie et à Jérusalem-Est est inacceptable, en particulier quand le pouvoir israëlien invoque pour la justifier le don qui aurait été fait par Yahvé de cette terre au peuple juif.
Un capteur insiste sur la responsabilité du gouvernement de Netanyahu qu’il qualifie de gouvernement-voyou. Il détaille les violences et humiliations infligées aux Palestiniens, souvent avec la complicité ou la passivité de l’armée. Il voit dans cette situation, qui date, une des causes du pogrom du 7 octobre 2023.
7) Vote de la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre : cité 2 fois avec un poids de 4. Les jugements sont négatifs (-2.00).
La loi sur l’utilisation légitime des armes est accueillie avec réserve par deux capteurs qui y voient un encouragement à l’utilisation prématurée et disproportionnée de la violence et un risque de dérives potentielles liées à l’évolution d’une société dans laquelle une certaine « américanisation » des mœurs peut aboutir à la justification d’actes moralement contestables
8) Prise de conscience de la nécessité d’une adaptation au réchauffement climatique : poids de 4. Le jugement est positif (+1,00) .
Elle semble avoir gagné dans l’opinion ; peut-être la canicule de cet été a renforcé cette prise de conscience. Elle avait déjà été adoptée par la nouvelle direction du GIEC, qui préfère en effet parler d’adaptation plutôt que de lutte contre. C’est évidemment de bon augure, si cela se traduit dans les faits. Mais cela soulève beaucoup de questions, car tout est solidaire de tout. L’Église recommande la sobriété comme une des voies préférentielles ; sobriété individuelle, sobriété collective, est-ce crédible quand la TVA est la principale source de revenus de l’État ? Nous pouvons aussi espérer que l’intelligence artificielle nous aidera à trouver des solutions (matériaux, process, organisation, …), mais c’est au prix d’une très forte contribution au réchauffement en raison de la consommation d’énergie que cela nécessite. Autre difficulté : l’adaptation au changement nécessite une grande solidarité internationale, est-elle envisageable dans le contexte de tensions que connaît notre monde aujourd’hui ?
9) Les civils et leurs moyens d’existence ciblés par les attaques russes en Ukraine : cité 3 fois avec un poids de 4. Les jugements sont négatifs (-2,00).
Une étape supplémentaire vers une guerre totale en l’absence de tout mécanisme de sanction
10) Guerre Iran-États Unis/Israel : cité 2 fois avec un poids de 3. Les jugements sont négatifs en réalité (-2,00) et en conséquences (-1,00).
La guerre Iran/US-Israël et le choc énergétique qui en résulte nous conduit à mieux comprendre la question de la solidarité internationale telle que la pensée sociale chrétienne la conçoit : tous dépendent de tous, tout est lié. Les ressources pétrolières sont concentrées dans un monde limité de pays, la plupart en situation politique compliquée. La guerre lancée par Israël et les États-Unis a privé du pétrole et du gaz russes une partie du monde, dont l’Europe ; ensuite d’une partie du pétrole moyen-oriental. Cela fait beaucoup quand on sait que les pays en développement ont des besoins croissants de pétrole et de gaz. Sous la pression des écologistes, beaucoup d’investissements dans les hydrocarbures (le gaz est présent un peu partout dans le monde), n’ont pas été engagés, ce qui entraîne un déficit d’offre. Nous payons donc cher des décisions quelque peu idéologiques.
Maintenant, on pourrait souhaiter que les nombreuses victimes et les conditions de vie des populations impactées appellent davantage d’attention que les restrictions énergétiques.
Enfin un de nos capteurs indique, hors des questions proposées, : « C’est la première fois que je coche deux fois ‘beaucoup régressé’ : notre situation est compliquée et douloureuse. J’essaie de garder en tête et en cœur un bon mot des vœux de janvier 2025 par Pierre-Yves GOMEZ : L’espérance est une attitude rationnelle qui consiste à reconnaître que, même dans un contexte incertain, un bien est toujours possible. L’espérance éveille donc la curiosité. »
H. L’Huillier - F. Malrieu
H. L’Huillier - F. Malrieu